Anaïs Bounouar, femme de caractère

Alors qu’elle vient de souffler sa 30e bougie, Anaïs Bounouar est à la tête de la section féminine du Stade Malherbe Caen depuis déjà 18 mois. Celle à qui on promettait une grande carrière de joueuse a raccroché les crampons à seulement 24 ans. Portrait.

Arrivée au Stade Malherbe Caen en 2019, Anaïs Bounouar dirige la section féminine des "rouge et bleu"
Arrivée au Stade Malherbe Caen en 2019, Anaïs Bounouar dirige la section féminine des "rouge et bleu"
  •  Saint-Etienne, ville de cœur

« Je suis née à Saint-Etienne, à cent mètres du stade Geoffroy-Guichard. C’était un soir de match entre l’ASSE et l’AS Cannes, mon père n’avait pas pu aller au stade, c’est une anecdote qu’il sort souvent. Toute ma famille est de Saint-Etienne et le football est un peu une religion, que ce soit du côté de ma mère ou de mon père. On a suivi mes grands-parents à Rennes quand j’étais petite, j’avais à peine deux ans mais j’ai toujours été très attachée à la région de Saint-Etienne. »

  • Le quartier, école de la vie

« On faisait beaucoup d’allers-retours entre Rennes et Saint-Etienne. On a toujours habité dans les quartiers populaires dans les deux villes, ce sont mes meilleurs souvenirs. J’avais tous mes potes, on jouait en bas de l’immeuble de 10h à 22h pendant les vacances, une fille qui joue au football c’était un peu plus démocratisé à Saint-Etienne. Le quartier c’est quelque chose qui me correspond aujourd’hui, j’aime ces valeurs familiales et de fidélité. C’est quelque chose que j’essaie d’inculquer en tant que coach aujourd’hui. »

  • Le judo avant le football

« Ma maman n’était pas pour que je fasse du football, elle avait un peu peur, ce n’était pas quelque chose d’ordinaire dans les clubs. J’avais besoin de me défouler et de me canaliser donc j’ai fait un an de judo mais je passais mon temps à faire du football. Dès la première séance, ma mère savait que c’était fait pour moi. Je me souviens encore de mon premier entraînement, c’était à Bréquigny, j’étais la seule fille mais je passais mon temps sur les terrains. »

  • Le football, une histoire de famille

« Je suis l’ainée, j’ai une sœur de 24 ans qui a fait du football et un petit frère de 17 ans qui joue lui aussi. On allait à Geoffroy-Guichard avec mes oncles, on rentrait un peu comme on voulait, on connaissait tout le monde. Mes oncles sont encore coachs aujourd’hui dont un qui entraîne en National 3 dans le région de Saint-Etienne. Mon père a été au centre de formation de l’ASSE et il a été coach par la suite. »

  • Souvenirs des années 1990

« Je suis née en 1990, j’ai été bercée toute mon enfance par Ronaldo El Fenomeno, David Beckham et Zinédine Zidane. Le football féminin n’était pas encore développé, je m’identifiais beaucoup aux grands joueurs en fonction de mon poste, je jouais surtout devant ou au milieu de terrain. J’avais huit ans en 1998 et j’ai pleinement vécu la Coupe du Monde, surtout avec ma famille. J’étais l’une des seules à pouvoir regarder un match en entier, je n’allais pas me coucher à la mi-temps. »

  •   Au Stade Rennais avec les garçons

« J’ai passé les tests pour aller au Stade Rennais et j’y suis arrivée en poussins avec les garçons. C’était la première fois que ça arrivait, qu’une fille de huit ans réussisse les tests pour entrer dans un club professionnel sans section féminine. Le coach de l’époque a été très important pour moi, il voulait à tout prix que je rejoigne le Stade Rennais. J’avais le même rythme que les garçons, je me souviens avoir joué avec Yacine Brahimi qui avait un an de plus que moi. Je suis restée jusqu’à mes 13 ans puis il fallait que je parte, on arrivait sur terrain à 11 et il n’y avait pas de section féminine. »

  • Le retour à Bréquigny

« J’ai rejoint les garçons à Bréquigny, je jouais en U15 DH puis un an plus tard, il fallait absolument rejoindre une section. Ça a été très compliqué pour moi, je voulais arrêter le football, ce n’était pas le même jeu et je ne m’y retrouvais pas du tout. L’équipe féminine de Bréquigny était en D2 et la coach m’a demandé de venir en seniors à 15 ans. Progressivement j’ai commencé à faire ma place et à prendre du plaisir. J’étais la plus jeune joueuse du championnat mais je jouais régulièrement, on avait fait une plutôt bonne saison. C’est à ce moment que j’ai rencontré Eugénie Le Sommer, on jouait l’une contre l’autre et on était en sélection ensemble, j’étais assez proche d’elle.  »

  • La mauvaise expérience Corinne Diacre

 « En 2010, Corinne Diacre me fait venir à Soyaux en première division après plusieurs saisons à Bréquigny, ma mère ne le sentait pas du tout mais j’y vais quand même. Je suis parmi les meilleures joueuses de première division puis au bout de deux mois, elle me convoque pour me dire qu’elle ne m’apprécie pas. J’étais au top de ma forme et j’étais très appréciée par les supporters. Je suis venue dans ce club pour elle et elle se permet de juger mon éducation et ma fidélité, ça a changé le cours de ma carrière. Qu’elle me dise que je ne suis pas au niveau je peux l’entendre mais là c’était autre chose. Rares sont les fois où je pleure mais là elle m’avait mise plus bas que terre. Je joue quand même mais je ne suis plus la même joueuse, je n’arrive plus à discuter avec elle alors que l’aspect affectif est très important pour moi. Un match à Montpellier, je suis remplaçante, je m’échauffe de la 15e à la dernière minute sans qu'elle me fasse entrer en jeu. À la fin du match elle vient pour me taper dans la main mais je ne pouvais pas, elle m’avait trop manqué de respect. La semaine avant de jouer l’ASSE, je ne pensais jamais jouer et finalement je suis titulaire. J’avais fait un gros match et le coach des « vertes » était venu me voir pour me dire qu’il allait m’appeler, c’était comme un rêve pour moi. »

  • Un rêve inachevé

« Saint-Étienne vient de terminer 5e de première division et m’offre un super projet en me proposant de passer mes diplômes en même temps, je leur donne un accord oral. Arrive le moment où je dois signer et je n’y vais pas, j’étais dégoûtée du football. La saison avait été tellement éprouvante que je ne voulais plus revivre ça. Mes parents étaient déçus mais ils ont respecté mon choix. Je suis retournée vivre chez eux, j’étais au fond du trou, je n’avais plus envie de rien. »

  • Premiers pas en tant que coach

« Je connaissais une amie qui jouait à Cormelles en D2, je tournais en rond chez moi donc j’ai accepté. Je commence à jouer mais c’est une catastrophe, on n'arrive à rien, je me casse la cheville… Puis on m’a confié l’équipe, c’était une demande des joueuses. J’avais prévenu les filles qu’elles allaient vivre foot H24 puis on a passé une bonne fin de saison, on remporte 4 matchs alors qu’on en avait pas gagné un seul. En 2014, l’ASPTT m’a appelé, j’ai eu un réel coup de cœur pour Laurent Dufour, j’ai tout fait là-bas. Puis en 2019, j’étais arrivée à la fin d’un cycle, j’avais des sollicitations et c’est là que j’ai choisi le Stade Malherbe.  »

  • Une forte personnalité

« J’ai toujours été une joueuse d’équipe, je pouvais tout faire pour mes coéquipières. J’ai la même façon de faire avec mes joueuses aujourd’hui, ça me tient à cœur de bien m’occuper de mes joueuses. Corinne Diacre a fait en sorte que je sois une coach proche de mes joueuses. J’ai un gros caractère et je suis très impulsive mais je suis toujours à l’écoute de mes joueuses. Si tu m’enlèves le football, je ne suis plus rien. »

  • Du respect et de l’exigence

« Ce qui fait la force de mon groupe, c’est que les joueuses me respectent. Quand je fais des choix, elles les respectent parce qu’elles savent que j’essaie d’être juste. Je suis très exigeante en tant que coach mais on ne pourra pas dire que je ne m’occupe pas d’elles. Au début j’étais beaucoup trop exigeante pour des femmes qui bossent toute la journée, à qui on demande de s’entraîner quatre fois par semaine. Je suis plus dans l’accompagnement maintenant, j’essaie d’être un peu plus relâchée. Des fois je suis frustrée et elles le savent, s’il n'y avait que moi, on aurait entraînement tous les jours. Mais ça fait partie du projet, il y a deux ans, certaines ne s’entraînaient qu’une fois par semaine et n’arrivaient pas à être exigeante toute une séance. Je suis impatiente mais je sais qu’il faut qu’on prenne notre temps, j’ai vraiment envie d’accompagner ce groupe. »

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